Avril 2025
Quand je me suis lancée dans cette VAE, je ne savais pas vraiment à quoi m’attendre. Et d’ailleurs, je ne le sais toujours pas puisque j’écris ces lignes alors que rien n’a encore commencé.
Enfin… « j’écris » est un bien grand mot. En réalité, je dicte. Mes paroles seront transformées automatiquement en texte. Ce procédé me permettra de garder une trace des étapes et d’aider peut-être ceux qui envisagent de se lancer dans une VAE.
Qu’est-ce qu’une VAE ?
Quand j’ai cherché des informations, je suis surtout tombée sur des sites publicitaires plutôt que sur de vrais témoignages. Alors, un petit rappel s’impose.
La Validation des Acquis de l’Expérience permet de faire reconnaître officiellement ses compétences professionnelles et d’obtenir un diplôme, sans passer par une formation classique. Elle certifie l’expérience et les savoir-faire acquis tout au long d’une carrière.
Dans mon cas, je vise le diplôme de Manager de projets digitaux en UX Design, qui confirmerait que ma capacité à piloter des projets digitaux, gérer les attendus clients, les partenaires, les outils, etc…. Bref, ce que je fais déjà chaque jour.
Je souhaite partager ici mon parcours : ce qui me semble simple, ce qui l’est beaucoup moins, et les étapes par lesquelles je passe. Car lorsque j’ai décidé de me lancer, j’étais dans le flou complet.
Pourquoi ?
Depuis près de 8 ans, je forme des étudiants en Bachelor. Lorsqu’ils obtiennent leur diplôme, je cesse de les suivre. Une fois en Master, je les croise seulement dans les couloirs. Nous échangeons quelques mots sur leurs projets, mais je ne les suis plus vraiment. C’est frustrant. J’aimerais les accompagner jusqu’au bout de leur parcours. Cependant les exigences QUALIOPI imposent de prouver le niveau requis pour enseigner. Et sur le papier… ce n’est pas le cas.
20 ans d’expérience… et pas de diplôme
Dans les faits, cela fait plus de vingt ans que je conçois des sites internet, que je les développe, les vends et assure la gestion de projet. Je maîtrise tout le spectre de la création digitale : conception graphique, intégration, référencement, cohérence visuelle et performance globale.
Pour en attester, j’ai un portfolio. Mais il n’est pas toujours du tout à jour. Ma méthode de travail s’est construite au fil des années. Je veux profiter de cette VAE pour la challenger, la moderniser et abandonner certains vieux réflexes. Ma formation initiale remonte à 2006, dans la communication graphique papier, à une époque où le web n’était pas encore une évidence. J’ai ensuite évolué vers le digital, en autodidacte, par la pratique, en suivant des formations en ligne, en lisant, en échangeant avec d’autres professionnels. Mais je n’ai jamais suivi de formation formelle en UX Design ou en gestion de projet digital.
Premières démarches
Pour toutes ces raisons, je me suis dit : « Voyons si je peux décrocher ce master ! ». J’ai étudié les prérequis et constaté que c’était jouable. Une rapide recherche Google m’a convaincue que la VAE était probablement la voie la plus adaptée — et surtout, celle qui m’évitait de retourner sur les bancs de l’école.
Freelance, formatrice, maman de deux enfants… je n’ai pas de place dans mon emploi du temps pour une formation longue. J’ai vite trouvé le RNCP correspondant à mes compétences. Comme je n’ai aucun intérêt pour le motion design ou la vidéo, il me fallait absolument un diplôme qui n’intègre pas ces volets.. J’ai donc retenu le Master en gestion de projet UX. Parfait.
Et maintenant l’attente
J’ai envoyé trois mails à trois organismes de formation, avec un message type présentant mon profil et mon objectif. Puis j’ai attendu.
Problème : entre le moment où l’on envoie ces mails, pleine d’enthousiasme, et le vrai démarrage, il peut se passer un mois entier. Et pendant ce temps… aucune documentation, aucune info. On attend simplement qu’un organisme rappelle et pose le cadre.
Deux organismes m’ont finalement répondu. J’ai échangé avec les deux, puis choisi le plus réactif.
Coût annoncé : environ 4 000 € TTC.
Durée estimée : entre six et neuf mois, selon la motivation et le temps disponible.
Le financement
On peut faire une VAE sans accompagnement et ne payer “que” la présentation devant le jury, environ 1 000 €. Mais c’est risqué : un dossier mal préparé, face à un panel de professionnels, réduit les chances. Je me suis donc dit que même sans financement, l’investissement en vaudrait la peine et que je le rembourserais grâce à mes missions de formation.
J’ai tout de même contacté l’AFDAS, mon OPCO, auprès duquel je cotise et que je n’avais jamais sollicité.
Autre source de financement, mon CPF. Lui non plus n’avait jamais été utilisé et contenait environ 2 800 €.
Les démarches auprès de l’AFDAS sont simples : tout se réalise en ligne, il suffit juste de livrer quelques justificatifs et informations :
- Le numéro RNCP du diplôme visé
- l’organisme formateur
- La date de début de l’accompagnement et celle de fin théorique
- la preuve que nous sommes à jour de nos cotisations Urssaf
- et une lettre de motivation, sans réelle vérification de nos compétences.
Ma première erreur a été d’indiquer un début d’accompagnement au 1er mars 2025 (nous étions le 1er janvier).
Résultat, l’AFDAS a estimé avoir deux mois pour me répondre… et a pris son temps. Tant qu’ils ne répondent pas, rien ne commence. Indiquez donc un début sous quinze jours pour accélérer le processus.
Autre chose à savoir : on dispose de douze mois maximum, pour se présenter devant le jury.
Mieux vaut fixer des dates réalistes. Des dérogations existent en cas d’accident ou de maladie, mais la règle reste stricte.
L’accord est arrivé le 1er mars. L’AFDAS prendrait donc en charge ma VAE à hauteur de 3600 €. Je n’aurai plus qu’à financer la différence avec mon CPF.
Je suis prête à démarrer
Adeline de Reflx, sera ma référente. Elle est spécialisée dans l’accompagnement des freelances et des indépendants et a déjà aidé de nombreux candidats à obtenir leur VAE.
Nous avons convenu d’un premier rendez-vous pour faire le point sur mon parcours, mes compétences et mes attentes. Adeline m’a expliqué que la VAE se déroulerait en plusieurs étapes :
- Phase 1 : un dossier primaire avec la rédaction d’une lettre de motivation, un formulaire Cerfa et la présentation de mes diplômes précédemment obtenus
- Phase 2 : un dossier complet détaillant mes expériences professionnelles, ma compréhension et mon savoir-faire sur les différents blocs de compétences et toutes les preuves visuelles. Je reviendrai plus en détail sur ce document, car il est le cœur de la VAE.
- Phase 3: une présentation devant un jury et l’obtention ou non du diplôme.
Je pensais que Adeline m’accompagnerait tout au long de l’année, mais elle m’a présentée une seconde personne, Mélanie. Elle est coordinatrice VAE et sera donc mon interlocutrice régulière. Ensemble nous travaillerons à un rythme d’une heure tous les 15 jours en Visio. Comme une institutrice à son élève, elle me donnera des travaux à réaliser, m’incitera à revisiter mes projets passés et à en faire une analyse complète.
À l’heure où je dicte ces ligne seul le planning est posé. Je ne sais pas encore comment se fera le paiement, mais ce n’est pas ma priorité. L’essentiel est de commencer. J’ai hâte
Un défi supplémentaire
Pour corser un peu les choses, avant de rentrer en Phase 2 de ma VAE, j’ai décidé de passer la certification OPQUAST, qui valide les bonnes pratiques dans la création de sites internet. J’ai prévu d’y consacrer un mois complet.
Une fois cette étape franchie, je pourrai me concentrer pleinement sur la VAE, tout en poursuivant mon activité de freelance qui, à elle seule, occupe déjà tout mon temps.
Mai 2025
Nous sommes le 15 mai et je viens de terminer la première phase de cette VAE. Un vrai soulagement : les rendez-vous se sont bien passés, mon accompagnatrice m’a confirmé que j’étais sur la bonne voie et, surtout, j’y vois beaucoup plus clair.
Phase 1 : Décoder les blocs de compétences
Concrètement, cette première étape prend la forme d’un tableau Excel divisé en quatre onglets, un par bloc de compétences. Chaque bloc est découpé en sous-parties, qu’il faut illustrer à travers des projets emblématiques. Pas forcément des réussites éclatantes : les projets plus modestes ou même les échecs ont aussi leur place. L’idée est de présenter un vrai retour d’expérience.

J’ai choisi quatre projets issus de mes dernières années de pratique. Des projets variés, dans des contextes et avec des clients différents, pour montrer mes compétences.
Mes quatre projets de référence
- Bloc 1 : une boutique en ligne dédiée aux personnes de grande taille. J’ai travaillé sur l’analyse et le webdesign, sans aller jusqu’au développement.
- Bloc 2 : un site réalisé de A à Z, avec mon développeur, pour une association de lutte contre l’inceste. J’y ai tout géré, de la stratégie à la mise en ligne.
- Bloc 3 : un site institutionnel pour un organisme de promotion de la santé, avec des contraintes fortes liées au contenu et à la conformité. J’ai également tout géré.
- Bloc 4 : le site d’une PME dans la médecine esthétique. Plus collaboratif, avec de nombreux intervenants, il illustre bien les compétences du dernier bloc, tournées vers la gestion des ressources et la coordination d’équipes.
Erreurs et ajustements
Au début, j’ai voulu remplir chaque sous-partie séparément (1.1, 1.2, 1.3…). Mauvaise idée. Je me suis vite retrouvée à répéter les mêmes choses, à empiler des listes de compétences, sans vue d’ensemble.
J’ai changé d’approche.
J’ai extrait l’intégralité de mes e-mails échangés au format .eml et j’ai demandé à ChatGPT de m’extraire les grandes étapes en se basant sur l’objet des e-mails. J’ai une bonne mémoire du projet mais j’avoue ne plus me souvenir exactement des dates des différentes étapes.
Grâce à cette chronologie, j’ai pu raconter mes projets comme je le fais ici. sous forme de récit. J’ai expliqué pour chaque bloc de compétences tout le processus, les échanges, les réussites, les erreurs, et bien sûr les outils utilisés. Un récit de 15 minutes par projet, qu’il me fallait maintenant retranscrire.
Merci à l’IA de m’avoir évité de jouer les dactylos.
Ce récit a été utile pour les étapes suivantes puisque je me suis appuyée dessus pour rédiger le mémoire. La VAE ne doit pas être un catalogue de qualités, mais une histoire cohérente et vivante.

Limites du tableau Excel
En remplissant les cases de ce grand tableau, je voyais que certains blocs se chevauchaient et que j’avais tendance à me répéter. Mais Mélanie, ma coordinatrice, m’a assurée qu’il était tout à fait normal d’avoir plusieurs fois les mêmes éléments. Cela ne devrait pas être un problème au moment de la rédaction du mémoire. Les questions sont assez différentes pour que l’on ait plein de choses à redire.
Spoiler alert, j’avoue encore aujourd’hui ne pas avoir trouvé d’utilité à remplir tous ces champs dans le tableau. Puisque, au moment de rédiger le mémoire, j’ai recommencé l’opération de rédaction à la voix à partir des questions qui étaient posées. A l’heure où j’écris ces lignes je ne sais toujours pas si ce tableau doit être fourni avec le mémoire.
À la fin de l’opération j’avais donc mon tableau complété… mais peu exploitable. Lister des outils ou des qualités sans les illustrer ne prouve pas grand-chose. Je dois également documenter chaque projet : les captures des arborescences, des benchmark, des pistes créatives, du design system, les propositions finales… Bref, donner des preuves concrètes et visuelles.
Heureusement, j’ai l’habitude de garder l’intégralité de mes travaux. Qu’elles aient été validées ou non. Quand je travaille sur un outil en ligne, je m’arrange toujours pour exporter le fichier source (par exemple Figma) ou au moins un PDF.
Des tonnes de gigaoctets qui peuvent être utiles quand un vieux projet est réactivé et qui m’ont surtout permis d’illustrer précisément mon texte.
Phase 2 : place à la rédaction
Mais le reste, c’est à moi de l’écrire. Je dois expliquer ma démarche, mes choix, mes doutes – et sans aucune émotion (on y reviendra). Là, aucune IA ne peut le faire à ma place. Avec ce tableau et mes archives, je peux entrer dans la deuxième phase : la rédaction complète du mémoire à partir d’une trame imposée.
J’ai régulièrement l’habitude de lire des dossiers de mission de mes élèves, ils ne sont pas toujours rédigés avec fluidité. Je voulais éviter à tout prix de devenir trop professorale et préférais un récit vivant, ponctué d’exemples concrets.
Je veux que mon dossier se lise comme une histoire, pas comme un mode d’emploi. Je me dis que les jurys, après cinquante dossiers dans l’année, ont peut-être envie de lire autre chose que des listes à puces.
À mon clavier…
Août 2025
Nous sommes le 10 août et je reviens de vacances. Des “semi-vacances”, car j’en ai profité pour me consacrer à la rédaction de mon mémoire.
Avant mes congés, j’ai terminé de remplir le tableau avec toutes les compétences humaines et techniques. Finalement, il ne fait pas partie du mémoire. Il sert surtout à balayer les blocs et à nourrir la discussion avec Mélanie. Clairement pas la partie la plus passionnante, mais un passage obligé.
La structure du mémoire
Pour commencer à rédiger ce mémoire, Mélanie m’a transmis le “référentiel vide”, autrement dit la matrice. Ce document est découpé en quatre sections, elles-mêmes divisées en plusieurs parties.
- La première section est le mode d’emploi du mémoire. Elle rappelle la procédure et les blocs à valider.
- La seconde me demande de détailler les entreprises importantes de mon parcours. Les petits projets d’étudiants ou les missions ponctuelles n’y ont pas leur place. J’ai la chance d’avoir trois expériences très différentes : une agence web en Vendée où j’étais salariée, mon activité de freelance que je mène depuis presque vingt ans, et l’école où j’enseigne. Trois contextes, trois postures, qui permettent de présenter des angles variés.
- La troisième section nous plonge au cœur de notre métier. Les questions sont assez ouvertes :
- Quelles difficultés ai-je rencontrées ?
- Quelle était ma place dans l’entreprise ?
- Qui validait mon travail ?
- Quelles étaient mes perspectives d’évolution ?
- La dernière section correspond au cœur du dossier : les quatre blocs de compétences. Chaque bloc est associé à un projet. C’est plus simple : cela évite de se perdre et permet de détailler chaque compétence en suivant une chronologie complète. Je dois décrire chaque projet et l’illustrer avec des annexes.
Cette section est elle-même divisée en deux parties :
- À nouveau un jeu de questions-réponses, où je dois expliquer quels ont été les intervenants, quelles ressources m’ont été confiées, quelles embûches j’ai rencontrées et, bien sûr, quelles compétences ont été mobilisées.
- La dernière partie est libre. Je peux l’agencer et la rédiger comme je le souhaite. Plus de questions-réponses : je présente mon projet comme bon me semble.
Pour introduire chaque projet, j’ai décidé de créer une sorte de carte d’identité : statut de l’entreprise, budget, délai… Puis je déroule : les objectifs, les problèmes, les échanges avec le client. Chaque récit fait environ cinq pages, hors annexes. Je m’appuie à nouveau sur les récits que j’ai dictés à mon téléphone et sur la chronologie des e-mails du projet.
Pour prouver, je dois livrer des annexes visuelles : arborescences, maquettes, rétroplannings… J’ai parfois refait certains documents pour les rendre plus lisibles. J’ai aussi recontacté certains clients pour leur demander comment leur site avait évolué depuis.
Trouver le ton juste
Au début, je voulais écrire ce mémoire comme une chronique, avec mon avis, mes ressentis. Mais Mélanie m’a vite rappelé qu’un titre de niveau master demande une rédaction :
- factuelle et précise,
- tournée vers le positif,
- sans négations ni “mais”,
- et sans subjectivité.
Un robot donc ! Pour trouver le bon équilibre, je dicte mes textes à la voix, puis je les lisse avec ChatGPT pour éviter les répétitions et garder une forme claire. Je n’aime pas trop cette idée de “positiver” à tout prix, mais je joue le jeu.
Tous les quinze jours, Mélanie relit mes textes, commente, me pose des questions. Nous avançons par allers-retours successifs, bloc après bloc. En parallèle, je prépare mes annexes pour que tout soit cohérent et prouvé.
Presque fini…
À la fin de l’été, j’ai désormais près de 80 pages rédigées. Je trouve mon texte un peu technique, proche d’une documentation. Ce n’est pas le style que j’aime lire, mais ma référente est satisfaite.
En septembre, une dernière relecture vient valider le tout. Je suis rassurée : il n’y a que quelques coquilles à corriger. Ce premier jet la satisfait. J’avoue que je n’aurais pas eu l’énergie de tout recommencer.
Maintenant, direction la soutenance et la préparation à l’oral ! Je passe devant le jury fin d’année.
Février 2026
Nous sommes le 3 février 2026. Le dernier épisode date d’août 2025 et il s’est passé pas mal de choses en ces huit mois.
J’ai terminé mon mémoire. J’en suis satisfaite, c’est une belle rétrospective de mes quatre projets et je pense avoir un dossier solide, gonflé à 140 pages avec les annexes. Seul bémol : je n’aime pas vraiment le ton rédactionnel. Il est trop technique, j’aurais aimé quelque chose de plus romantique et agréable à lire
Après avoir envoyé le document au certificateur, c’est le silence radio. Je ne sais pas si le dossier est validé, apprécié, ou si le jury a des questions. Le jury peut même décider de me refuser un bloc dès la lecture, je ne le saurai jamais avant la soutenance. Auquel cas, elle ne servirait à rien, juste à confirmer qu’un bloc est problématique. On ne peut pas empêcher un jury de se faire une idée avant même de vous avoir rencontré.
Ma date de soutenance met du temps à arriver.
Préparer la présentation
Pendant ce temps, j’avance sur ma présentation PowerPoint. Enfin, Figma Slides pour être honnête, j’ai vraiment choisi cet outil parce que les présentations clasiques ne m’ont jamais réussis. Figma Slides m’offre plus de souplesse pour jouer avec les éléments graphiques. Et surtout, j’ai dans l’idée de pouvoir me faire des antisèches pendant la soutenance, ce que l’outil propose.
Ma coordinatrice me propose de découvrir des exemples d’autres soutenances. Des anciens candidats, ceux qui ont réussi. C’est donc très précieux pour moi d’entrevoir le succès. Mais finalement c’est un simple support visuel, pas quelque chose qu’on lit face au jury. Alors je me fais plaisir. Je n’ai pas pu être libre et montrer qui j’étais sur le mémoire – ni sur son ton, ni sur sa forme — mais là, je me lâche vraiment.

Je pars dans un univers que j’adore : le rétro gaming style Mario Bros. Je me suis grimée en personnage de jeux vidéo où mon avatar évoluait à travers différents mondes au fil de la présentation : palmiers, plateformes, tous les clasiques du genre. C’était enfin moi.
Il faut être exclusivement positif dans ce support : montrer ses succès, pas ses doutes. Les questionnements et les remises en question, c’est à l’oral qu’on les exprime. Le support doit vraiment valoriser uniquement les améliorations et réussites.
De toute façon, le temps est serré : 20 minutes pour défendre quatre blocs, puis 10 à 15 minutes de questions.
Et attention : ce support n’est pas soumis au jury en amont. Le jury le découvre vraiment le jour J.
Quand j’ai eu la date (10 heures, quelques semaines plus tard), j’ai su que tout était figé. À ce stade, il ne sert plus à rien de paniquer (quoi que…). Ils ont déjà pris connaissance de 90 % du travail. L’idée maintenant, c’est de préparer les questions-réponses.
Ce qui compte vraiment
La soutenance elle-même prouve que vous connaissez vraiment votre sujet et que vous avez intégré le langage. Mais le plus important, ce sont les questions-réponses : c’est spontané, moins préparé, c’est là que le jury voit comment vous réagissez face à quelque chose de complexe.
Pour me préparer, j’ai mis mon mémoire dans un LLM et je lui ai demandé les 15 questions les plus complexes qu’un jury pourrait me poser. J’ai pu travailler des questions auxquelles je n’avais pas du tout pensé. J’avoue avoir écrit quelques post-it d’anti-sèches que j’ai collés partout sur mon ordinateur.
Cela m’a aidée à être à l’aise, surtout sur les termes en anglais. Parce que soyons honnête : Design Thinking, c’est du jargon. Je ne l’utilise pas dans mon quotidien. Et quand on l’utilise face au client, il n’en a aucune idée. Ce qu’il veut, c’est que le rendu convienne, à lui et à ses utilisateurs. Je travaille en mode très humain.
Donc je me suis forcée à utiliser ce langage académique. Et le jury apprécie. Il a besoin que vous cochiez ses mots, ceux qu’il connaît et reconnaît. C’est comme ça qu’il évalue votre compétence. Si vous sortez son jargon, vous intégrez un peu son équipe. Vous êtes reconnu comme un pair.
C’est quelque chose que je n’avais pas compris au début. J’ai cru naïvement qu’une VAE validait la compétence. En réalité, une VAE prouve que malgré mes années d’expérience et de travail, j’ai toujours le langage et la méthodologie actuels.
La soutenance se passe sur Teams, en visio. Après un tour de table de qui est qui c’est le moment de se lancer. Petit aparté, il est très important de découvrir qui est autour de la table, ça permet d’orienter ses réponses en fonction des profils. Ça n’aurait pas de sens d’être très technique sur une question posée par une personne hors de mon champ de compétence.
Le jour J
La soutenance d’une vingtaine de minutes se passe bien. On me félicite de mon dynamisme. Je suis quelqu’un qui est très à l’aise à l’oral. Pas de problème de ce côté.
Puis viennent les questions-réponses. On sent tout de suite les profils des jurés bienveillants : ils commencent par « Merci pour votre présentation, j’aimerais une précision sur… ». Et puis on sent ceux qui ont vraiment lu votre mémoire dans tous les détails, qui vous pointent une petite incohérence pour vous gratter un peu.
Pour ça, le conseil c’est de commencer par « Vous avez raison… » et de dérouler ensuite votre argumentaire. Ça le valorise. Parce qu’à vrai dire, sa seule préoccupation, c’est d’être validé aussi, en tant que jury entre ses pairs. C’est aussi un jeu de confirmation d’entre-soi. Après, vous pouvez vraiment argumenter.
J’ai eu de la chance. Les jurés étaient très bienveillants et avaient vraiment lu mon dossier. Je n’ai pas dû répéter les choses déjà écrites, juste les préciser. Mais ce n’est pas toujours comme ça. Certains jury ont suivi un cursus traditionnel et voient la VAE comme un raccourci. Et ça ne les enchante pas que vous preniez les chemins de traverse, surtout quand vous êtes autodidactes dans le secteur. Ce diplôme ne doit pas s’acquérir aussi facilement « juste » par l’expérience.
À la fin, on vous remercie et dit que vous serez contacté pour la décision… le stress ne disparait donc jamais ?!
Le soulagement
La réponse arrive plus ou moins vite. Moi, j’ai eu la chance qu’elle arrive quelques minutes après. Ça prouve qu’il y a eu consensus rapide sur mon cas. On ne vous donne aucun retour avant. Pas de « Bravo, c’était bien ». Vous restez dans l’incertitude complet.
Mais dès la validation, c’est le soulagement. Puis l’attente du papier officiel. Dans ce papier, il y a la motivation du jury : parfois les points bloquants, parfois les encouragements. Toujours justifiée pour que la décision soit comprise.
Aujourd’hui, j’ai cette VAE. Et vraiment, je suis super contente. Mes compétences sont validées, c’est une reconnaissance qui fait du bien.
Ma vision
Si j’avais un conseil à passer : ne voyez pas cette VAE comme une preuve que vous savez faire, mais comme une preuve que vous savez faire comme on attend de vous.
Pour ma part, je me sens un peu comme un cuisinier d’un restaurant ★ interrogée par les pâtissiers d’un restaurant ★★★. J’ai été jugée par des gens qui avaient une compréhension extrême d’un des blocs. Là où moi, je défendais toute une méthodologie.
J’espère que ce récit aura permis à certains d’entre vous de se lancer dans l’aventure longue, quoi que gratifiante.
La conclusion rédigée à la fin de mon mémoire
Quand je me suis lancée dans cette VAE, je l’ai fait d’abord pour pouvoir enseigner à un niveau plus élevé.
Je manquais de temps pour reprendre de longues études et je ne pouvais pas concilier cela avec mon activité de freelance, les formations et ma vie personnelle. Je pensais, à tort, que ce dossier serait simple : raconter mon expérience, expliquer comment je travaille, et poser les choses à l’écrit.
Mais très vite, j’ai compris que ce projet allait bien au-delà. Il m’a obligée à expliquer une méthode que j’appliquais instinctivement et à revisiter vingt ans de d’apprentissage et de pratique.
J’ai compris que pratiquer depuis longtemps ne suffirait pas. Il faudrait démontrer et argumenter. Et surtout, j’ai compris où j’avais échoué : ma pratique était solide mais pas assez segmentée.
Repasser ce bloc n’a pas été facile. Mais ça a été indispensable. Depuis, ma manière de travailler a encore évolué, elle est plus orientée utilisateur. Je pose des hypothèses et les teste. Je m’appuie sur des faits et je n’agis plus “par intuition”, même si elle reste là.
Enfin, cette nouvelle réflexion m’a confortée dans ce qui m’anime profondément :
- Créer pour améliorer le quotidien de l’autre
- Trouver une réponse visuelle à une problématique
- Et traduire des besoins complexes en solutions simples
Vous représenter ce bloc n’est pas vécu comme un retour en arrière.
Je ressors de cette VAE avec plus de conscience, et l’envie de continuer à apprendre et transmettre.